BREAKING • INFO DU JOUR • 26 MAI 2026
Macron branche la France sur le courant.
Mais qui paie ???
Stellantis · EDF · Pompe à chaleur · Électrification · Les Antilles oubliées
Ce mardi 26 mai, l’Élysée a réuni « l’équipe de France de l’électrification ». Stellantis investit un milliard à Mulhouse. EDF sort 270 millions. Les pompes à chaleur deviennent une priorité d’État. Beau tableau. Mais derrière les annonces, les questions qui dérangent.
1 Md€ Stellantis Mulhouse | 270 M€ Plan EDF électrification | 400 000 Bornes d’ici 2030 | 28 % Ventes VE France 2026 |
On ne va pas vous mentir. Quand Emmanuel Macron réunit à l’Élysée « l’équipe de France de l’électrification » et qu’il annonce un milliard d’euros de Stellantis pour Mulhouse, des pompes à chaleur comme « pilier de la stratégie nationale » et un plan EDF à 270 millions, ça a des airs de grand soir industriel. Le genre de discours qui donne envie d’applaudir et de brancher son chargeur. Et puis on réfléchit. Et les questions commencent à surgir. Parce qu’ici, aux Antilles, la grande électrification nationale se regarde depuis un autre angle — celui d’îles sous-équipées, de factures d’électricité déjà parmi les plus chères de France, et d’une réalité qui n’a rien à voir avec un parking de supermarché parisien équipé de 50 bornes!!!
Stellantis : un milliard annoncé par Macron, tempéré par le groupe lui-même
Commençons par le plus spectaculaire. Ce mardi matin, depuis l’Élysée, le président de la République a lâché la bombe : Stellantis va investir « plus d’un milliard d’euros nouveaux » sur son site de Mulhouse pour produire « une nouvelle génération de véhicules électriques » à partir de 2029. « C’est un véritable avenir industriel que nous offrons à ce site », a-t-il déclaré devant un aréopage de chefs d’entreprise et d’élus. Ambiance Stade de France.
Le problème ? Stellantis lui-même a tempéré l’annonce dans la foulée. Le constructeur rappelle qu’aucune communication officielle n’a encore été faite à ses partenaires sociaux, que les contours précis de l’investissement « restent à confirmer » et que le projet doit encore être formalisé. En clair : Macron a grillé la politesse à Stellantis sur ses propres annonces industrielles. C’est une pratique présidentielle bien rodée. Mais c’est surtout révélateur d’un problème plus profond : quand on annonce avant que les syndicats aient été consultés, c’est qu’on est en train de vendre un espoir, pas une réalité signée !!!
Contexte Stellantis… Pendant que Mulhouse reçoit une promesse d’un milliard, l’usine de Poissy — autre site historique Stellantis en Île-de-France — cessera définitivement d’assembler des véhicules après 2028. La DS 3 et l’Opel Mokka y seront les derniers modèles produits. Le site se reconvertira en pièces détachées et économie circulaire. Pour les syndicats CGT du Val-de-Seine, c’est « une fermeture déguisée ». Fin 2028, il n’y aura plus aucun constructeur automobile actif en Île-de-France.
Retenons ce qui est sûr : Mulhouse, qui tournait à 60 % de capacité sur 200 000 unités possibles, attendait désespérément l’attribution d’un nouveau modèle électrique. Il devrait s’agir d’une plateforme STLA One. Le plan Fast Lane 2030 du nouveau patron Antonio Filosa prévoit 60 lancements de véhicules et 60 milliards d’investissements dans le monde. Mulhouse prend une part. Pas encore signée, mais une part. Et les 4 000 salariés du site peuvent au moins respirer ce soir.
EDF & pompe à chaleur — Le vrai plan de Macron
L’autre grand axe de cette journée à l’Élysée, c’est la pompe à chaleur. Emmanuel Macron l’a dit clairement : elle est « un pilier de notre stratégie ». Et pour l’électrifier, EDF abonde son plan initial de 30 millions supplémentaires, portant l’engagement total à 270 millions d’euros, répartis en trois blocs de 80 millions chacun : remplacement des chaudières gaz/fioul chez les particuliers, soutien à l’achat de poids lourds électriques et bornes de recharge, et préparation de terrains industriels pour grands consommateurs d’électricité.
Ce n’est pas anodin. La pompe à chaleur, c’est la technologie qui permet de produire 3 à 4 kilowattheures de chaleur pour 1 kilowattheure d’électricité consommée. Sur le papier, c’est magique. En pratique, c’est l’arme stratégique de l’État pour réduire la dépendance au gaz, décarboner le chauffage résidentiel, et absorber la surproduction nucléaire française. La France va produire beaucoup d’électricité — nucléaire, solaire, éolien — et elle a besoin que vous en consommiez plus. Le marché électrique se crée à la demande autant qu’à l’offre.
Bornes recharge 400 000 Objectif France 2030. Electra investit 300 M€ pour 1 000 bornes ultra-rapides par an. | Pompes à chaleur 1 million Objectif production annuelle en France d’ici 2030. Octopus Energy investit 150 M€. | ⚡ Plan EDF 270 M€ Plan total électrification. Trois enveloppes de 80 M€ chacune. | VE en France 28 % Part des véhicules électriques dans les ventes en France début 2026. |
La prime EDF pour le remplacement des chaudières : 1 000 euros supplémentaires pour les particuliers qui passent du gaz ou du fioul à une pompe à chaleur, en plus des aides MaPrimeRénov' existantes. Le reste à charge serait lissé sur plusieurs années, avec une garantie de facture inférieure ou équivalente à l’ancienne chaudière. Sur le papier, c’est séduisant. Dans la pratique, en France métropolitaine, où les logements sont anciens, mal isolés, et où l’installation d’une pompe à chaleur dans un appartement haussmannien est aussi simple que de garer un SUV dans une ruelle de Fort-de-France — disons que les obstacles sont nombreux!!!
« Investir dans les véhicules électriques, le chauffage électrique ou les pompes à chaleur nous rendra plus résilients. » Emmanuel Macron — Élysée, 26 mai 2026
L’ambition électrique de l’État — « Produire, raccorder, électrifier »
Macron a résumé sa formule en quatre verbes : « Produire, raccorder, électrifier, réindustrialiser. » C’est net, c’est clair, c’est présidentiel. Derrière ces mots, une ambition qui s’inscrit dans le plan d’électrification des usages présenté par le Premier ministre en avril 2026, autour de quatre domaines prioritaires : la mobilité électrique, l’électrification de l’industrie, l’électrification des transports lourds, et l’électrification du bâtiment.
Ce qui frappe, c’est la cohérence de la démarche. Pour que les pompes à chaleur aient un sens énergétique, il faut produire de l’électricité décarbonée. Pour que les voitures électriques aient un bilan carbone positif, il faut une production électrique propre. Et pour que tout cela soit économiquement viable, il faut une industrie française capable de fabriquer les équipements. D’où les contrats d’allocation de production nucléaire (CAPN) d’EDF, salués par Macron comme un instrument de « visibilité sur le temps long » pour les industriels.
La France nucléaire a un avantage colossal dans ce jeu-là. 75 % de l’électricité française est d’origine nucléaire — la moins carbonée d’Europe. La transition vers l’électrique est donc, en France, intrinsèquement plus propre qu’ailleurs. Ce n’est pas vrai en Allemagne, où une voiture électrique chargée sur le réseau reste plus carbonée qu’un diesel moderne. En France, c’est l’inverse. Et Macron a raison de capitaliser sur cet avantage.
? Le paradoxe de la transition Pour atteindre les objectifs d’électrification d’ici 2030, il faudra augmenter la consommation nationale d’électricité d’environ 15 à 20 % sur la décennie. Cela nécessite plus de production nucléaire (les EPR2 ne seront pas prêts avant 2035), plus de renouvelables, ou les deux. Et des réseaux de distribution capables d’absorber les pics de charge de millions de chargeurs simultanés le soir. Le réseau de distribution est probablement le maillon faible de toute cette ambition.
Et nous, aux Antilles ? La vraie question
POINT DE VUE MARTINIQUE / DOM L’électrification nationale : belle vitrine, mauvais miroir pour les Antilles |
Pendant que l’Élysée s’illuminait aux couleurs de la grande électrification nationale, une question simple s’impose à tout Martiniquais, tout Guadeloopéen, tout Guyanais : est-ce que tout cela nous concerne ? Les pompes à chaleur ? En Martinique, où la température ne descend jamais sous 20°C, la pompe à chaleur pour le chauffage n’a aucun sens. Pour la climatisation réversible, oui — mais les aides MaPrimeRénov' sont largement sous-utilisées dans les DOM faute d’artisans RGE en nombre suffisant et d’accompagnement adapté. Les bornes de recharge ? On en parle depuis 2019. En 2026, les bornes publiques rapides restent rares hors des centres-villes de Fort-de-France et Pointe-à-Pitre. Pendant que la métropole prévoit 400 000 bornes, nos communes rurales attendent toujours les 50 premières vraiment fonctionnelles!!! Les voitures électriques à 28 % des ventes en France ? Ici, on est loin du compte. Le prix des VE reste élevé, le réseau de recharge insuffisant, et l’électricité elle-même coûte plus cher en Martinique qu’en métropole. Sans parler du malus poids qui frappe les SUV électriques. La bonne nouvelle ? Le solaire aux Antilles produit de l’électricité décarbonée à un coût qui baisse chaque année. Un Martiniquais qui installe des panneaux photovoltaïques, une pompe à chaleur réversible et une Wallbox peut aujourd’hui atteindre une quasi-autonomie énergétique. Mais il faut que l’État accompagne avec des dispositifs adaptés à notre réalité insulaire. Pas des copier-coller de plans hexagonaux. |
L’avis de Jean-Marc Wollscheid
★★★★☆ VERDICT
« Le grand mérite de Macron aujourd’hui, c’est de mettre en cohérence une vision industrielle, énergétique et climatique. Le grand défaut, c’est d’annoncer ce qu’il n’a pas encore signé. Et le grand oubli, c’est toujours les mêmes — nous. »
Ne soyons pas injustes. Ce qui s’est passé à l’Élysée ce mardi est réel et important. Stellantis qui recommence à investir en France, après des mois de crise, de fermetures, de trou de production — c’est une bonne nouvelle pour 4 000 salariés alsaciens et pour la filière automobile française. On ne crache pas dessus.
EDF qui sort 270 millions pour accompagner l’électrification, c’est de l’argent public bien orienté — à condition que les dispositifs soient accessibles à tous les Français, y compris ceux d’Outre-mer, y compris ceux qui n’ont pas 15 000 euros disponibles pour une pompe à chaleur même avec aides.
Mais voilà ce qui me dérange, moi, journaliste qui couvre l’auto aux Antilles depuis des années. Cette grande électrification nationale est conçue, pensée, financée et annoncée depuis Paris, pour Paris et les métropoles françaises. Pas pour Sainte-Marie, pas pour Capesterre-Belle-Eau, pas pour Cayenne. On nous applique des plans pensés pour une géographie, un réseau électrique, une démographie et un climat qui ne sont pas les nôtres.
Macron a raison sur le fond : l’électrique est l’avenir. Les pompes à chaleur sont efficaces. Les voitures électriques ont un avenir réel. Mais l’avenir ne se distribue pas de manière égale entre la rue de Rivoli et la route de Balata. Et tant que personne à l’Élysée ne prendra le téléphone pour construire un plan d’électrification spécifique aux DOM — avec les bornes, les aides, les tarifs électriques adaptés et les constructeurs qui livrent des VE à prix raisonnable dans nos îles — tout cela restera une belle émission de télévision à regarder depuis notre île!!!
Mais bonne nouvelle quand même : les voitures électriques représentent désormais 28 % des ventes en France. Le mouvement est irréversible. Le marché antillais suivra — à son rythme, avec ses contraintes, mais il suivra. Et nous serons là pour vous dire quand les bornes seront vraiment là, quand les prix seront vraiment accessibles, et quand Stellantis livrera ses nouvelles générations électriques de Mulhouse… en Martinique!!!
Journaliste Auto-Moto • Chroniqueur GTMAG.fr • Martinique • 26 mai 2026
Sources : AFP, L’Usine Nouvelle, France 3 Grand Est, Auto-Infos, Moneyvox • 26 mai 2026